jeudi 18 avril 2013

130419 - LECTURE - Ryu MURAKAMI - Les Bébés de la consigne automatique






 
          Au Japon, les nouveau-nés abandonnés dans les consignes des gares sont voués à une mort certaine. Deux d'entre eux pourtant, Hashi et Kiku, vont vivre. La vie de ces deux enfants est une plaie béante qui ne se cicatrise pas, un cri qui ne se tait pas. Le cauchemar les hante, leur univers s'est réduit aux parois d'une consigne, un monde sans espoir où l'on cherche une échappatoire tout en sachant qu'elle n'existe pas. Autour d'eux, un brouillard épais et pesant s'est formé, un ciel plombé, où seule la survie reste possible. Et cependant, des éclaircies parfois apparaissent, un chant qui surgit de la gorge d'Hashi comme une accalmie au milieu d'une tempête, un saut de Kiku comme une envolée vers un ciel plus bleu, des moments d'émotion suspendus. Mais la douleur est plus forte, aucune libération n'est possible et, ne pouvant supprimer la souffrance, c'est en l'infligeant aux autres qu'ils tenteront de l'oublier. Ryû Murakami dépeint un univers de destruction, de désolation avec une telle poésie que cette atrocité même devient belle, belle comme peut l'être la mort, belle comme peut l'être la guerre, belle comme le sont parfois les hommes. --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot


130417 - ECOUTE - COUPERIN - Treize pièces pour clavecin




François COUPERIN









PIECES POUR CLAVECIN



Sixième Ordre:

Les Moissonneurs

Les langueurs – Tendres

Le Gazouillement

Le Bersan

Les Baricades Mistérieuses

Les Bergeries

La Commère

Le Moucheron



Onzième Ordre :

La Castelane

L'Etincelante

Les graces – Naturéles

La Zénobie

Les Fastes de

la Grande et Ancienne Ménestrandise





Huguette Dreyfus, clavecin





L'année 1716 est une date faste dans l'histoire du clavecin. Elle vit paraître de Deuxième Livre de Pièces de Clavecin de COUPERIN. L'illustre compositeur y donnait toute la mesure de son génie créateur et offrait à son instrument de prédilection quelques des plus belles pages qui lui aient été dédiées.



C'est en effet au clavecin que COUPERIN voua le meilleur de son art : il écrivit pour lui 233 pièces, qui sont la partie la plus originale de son œuvre. Ces pièces sont groupées par tonalité en 23 ordres, chacun de ceux-ci devant être joué, en entier, comme une suite.



Fidèle à cette exigence, ce disque n'est nullement une anthologie. Il réunit les treize pièces constituant l'intégralité des sixième et onzième ordres du Deuxième Livre, celui de 1716.



COUPERIN y réussit une double et géniale synthèse. D'une part, comme dans toute son œuvre, il s'efforce de réconcilier les goûts italiens et français. D'autre part, il introduit dans la rigueur architecturale de la suite de danses la liberté expressive et descriptive du portrait. Sans jamais manquer aux exigences du contrepoint, il l'illumine par la fraîcheur de l'invention mélodique. Et, jusque dans l'humour, il garde cette mesure qui est le secret de son art.



Ainsi la gaîté champêtre du Sixième Ordre, virevoltante et rêveuse, garde-t-elle toujours un miraculeux équilibre. Ainsi le Onzième Ordre conduit-il de la grâce ailée se ses premières pièces jusqu'à la bouffonnerie solennelle et caustique de la Ménestrandise, dans que l'originalité et la hauteur de l'inspiration en soient affectées.



COUPERIN, c'est à la fois l'enchantement de WATTEAU, l'humour de COUPERIN et la lucidité de MONTESQUIEU : c'est l'aurore d'un siècle de grâce et de raison. Mais COUPERIN, c'est aussi ce «profond et nostalgique géomètre du mystère» (Roland-Manuel) qui dépasse les siècles et livre à chacun d'eux le message du génie français.

130417 - FILM TV - A la poursuite d'Octobre rouge



 

Synopsis et détails

 
En 1984, l'URSS lance un sous-marin de conception révolutionnaire. Tous les services secrets américains sont sur les dents. Le capitaine Ramius, l'as de la marine soviétique, charge des premiers essais en mer, exécute l'officier politique charge de la surveillance du bâtiment et met le cap sur les États-Unis. Les marines des deux grandes puissances sont a sa poursuite, et personne ne connait ses intentions, revanche, provocation, geste de démence ou de paix ?


140416 - FILM TV - La dernière campagne

« La Dernière campagne » :
la télé ose (un peu)
 
 

Bernard Le Coq, Patrick Braoudé, Thierry Frémont dans « La Dernière campagne » (GMT Productions)

 


Fut un temps où la télé française n’osait pas. N’osait pas, avant un délai de décence de l’ordre du demi-siècle dans le meilleur des cas, s’emparer de la politique, ni de la finance, ni des affaires politico-financières, ni des grandes affaires judiciaires, ni de rien, pour les transformer en fictions.
 
Fut un temps où l’on pointait avec envie la BBC qui, elle, n’est-ce pas, osait tout. A cette déploration unanime « La Dernière campagne », fiction de France 2 sur la présidentielle (pas celle de 2002. Même pas celle de 2007. Celle de 2012 !), diffusée à l’heure de la plus grande écoute, semble avoir été écrite pour apporter un démenti éclatant.
 
« Voyez comme on ose, aujourd’hui ! », semble proclamer France 2 aux déplorateurs d’hier. Et voici en effet un trio d’acteurs (Patrick Braoudé, Thierry Frémont, Bernard le Coq) campant les trois derniers présidents vivants, Hollande, Sarkozy, et Chirac. Sans aucun excès de révérence, envers ces figures pourtant sacramentelles, et accessoirement instances de nomination, passées ou futures, du président de France télévisions : Chirac et ses absences séniles, Sarkozy et ses tics nerveux, Hollande et sa niaiserie. Et pas seulement eux. On s’esbaubit aussi au festival des seconds rôles (NKM, Jean-Louis Debré, sans oublier le bichon Sumo), tous plus jouissifs les uns que les autres. Ce casting est un orgasme permanent.



Un Hollande à la ramasse

Le scénario, lui aussi, a osé s’affranchir de la réalité attestée, pour imaginer des rencontres nocturnes fantasmatiques, dans un château de Solférino déserté et branlant, entre Hollande et Chirac. Un Hollande à la ramasse, en panne d’idées, et un Chirac qui lui apprend à serrer des mains en regardant les gens dans les yeux, et lui souffle ses thèmes de campagne, à commencer par la tranche de 75%. Sur le message politique recherché par ces audaces scénaristiques, on reste perplexe, mais peut-être n’y en a-t-il aucun.
Est-ce à dire que le Rubicon est franchi, et que l’on peut désormais attendre, pour septembre, un téléfilm Cahuzac, sur lequel planchent déjà trois équipes concurrentes de scénaristes ? Pas si vite ! Restent tout de même quelques inhibitions discrètes, mais éloquentes. D’abord, anecdotiquement, sur les femmes et les compagnes. Si Bernadette Chirac, plus revêche et Chodron de Courcel que nature, est délicieusement présente dans le téléfilm, pas trace de Carla Bruni ni de Valérie Trierweiler. L’audace a ses limites.
 
Surtout, l’action reste cantonnée à la politique politicienne. Seule l’affaire Merah vient y apporter le souffle des convulsions de la société. Du chômage, de Florange, des Roms, de l’identité nationale, de Takieddine, de Tapie, de Bettencourt, pas une seule trace. Sur les casseroles période mairie de Paris de l’émouvant vieillard Chirac, en revanche, quelques allusions plus explicites. Bref, bon début, mais encore des efforts à faire...

 
 

130417 - ECOUTE - MENDELSOHN - Le Songe d'une nuit d'été



Felix MENDELSOHN-BARTHOLDI






LE SONGE D'UNE NUIT D'ETE,
musique de scène op. 61
1 - Ouverture - Allegro di molto
2 - Scherzo - Allegro vivace
3 - Marche des Elfes - Allegro vivace
4 - Chœur des Elfes  "Ye spotted snakes"
5 - Intermezzo - Allegro con appassionato
6 - Nocturne - Con molto tranquillo
7 - Marche nuptiale - Allegro vivace
8 - Marche funèbre - Andate comodo
9 - Danse hongroise
10 - Finale : "Through this house give
glimm'ring light"

Heather Harper, soprano
Janet Baker, mezzo-soprano
Chœur et Orchestre Philharmonia
sous la direction de
Otto Klemperer


OCTUOR A CORDES, op. 20
1 - Allegro moderato ma con fuoco
2 - Andante
3 - Scherzo. Allegro leggierissimo
4 - Presto

Arnold Belnick, Jascha Heifetz,
Israel Baker, Joseph Stepansky, violons
Virginia Majewski, William Primrose, altos
Gabor Rejko, Gregor Piatigorsky,
violoncelles

          1826, MENDELSOHN a dix-sept ans. Il vient de découvrir SHAKESPEARE, dont il récite les œuvres avec ses amis dans le grand jardin de la propriété berlinoise de ses parents. Une idée surgit, comme une évidence: le jeune homme va mettre en musique Le Songe d'une nuit d'été, au travers d'une Ouverture autonome. Les fanfares du Duc d'Athènes, le léger crépitement des elfes, les braiements du pauvre Bottom métamorphosé en âne ... mais divinement choyé par Tatiana ensorcelée : toute la fantaisie de la pièce pétille en dix minutes d'une absolue poésie. Une année après l'éclosion du génial Octuor à cordes, le miracle se reproduit, l'œuvre est parfaite. A tel point que, en 1843, lorsque MENDELSOHN la complète par une musique de scène à la demande de l'excentrique roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, aucune différence de style n'est apparente.
 
          Chaque numéro est destiné à un moment précis. Un Scherzo aérien fait écho aux batifolages du lutin Puck, avant que les fées n'entrent en scène avec une marche puis une berceuse chantée à leur reine Titania - fées divines dans l'enregistrement de KLEMPERER, qui avait pu réunir HARPER et BAKER ! Suivent un Intermezzo fiévreux, qui décrit l'angoisse des quatre amants perdus dans la forêt (Puck y a mis son grain de sel!), et un délicieux Nocturne, accompagnant le repos des protagonistes sous l'oeil du lutin. La célébrissime Marche nuptiale sonne alors pour annoncer, dans une joyeuse solennité, les noces du duc d'Athènes avec Hippolyte, puis c'est une autre marche, funèbre cette fois, qui pleure la mort de Pyrame - mort de pacotille, dans la pièce de théâtre que les artisans ont monté pour le Duc. Les braiements de Bottom reviennent avant un finale qui s'évanouit comme un rêve que l'on ne peut retenir au matin.
 
          C'est une autre divagation nocturne qui avait présidé à l'écriture, l'année précédente, de l'Octuor à cordes. Dans le Scherzo ce cet opus 20, MENDELSOHN avait en effet cherché à transcrire l'atmosphère du Songe d'une nuit de sabbat du Faust de GOETHE. Fanny, la sœur et confidente du jeune compositeur, disait que cette musique frémissante lui donnait l'envie "d'enfourcher le manche à balai d'une sorcière pour mieux vivre dans son vol la troue aérienne" qui s'élève vers le monde des esprits. Au-delà de ce Scherzo novateur et éblouissant, l'Octuor, écrit pour l'anniversaire du violoniste Edouard RIETZ, est une vraie merveille, depuis les enthousiastes montées d'arpège de l'Allegro initial jusqu'au joyeux Presto final où, en tendant l'oreille, on devine, sous la forme d'une réminiscence du Messie, l'admiration que MENDELSOHN vouait à HAENDEL.
 
Jérôme Bastianelli
 
 
 

mardi 16 avril 2013

130416 - LECTURE - GEOVOYAGE CALIFORNIE






PANORAMA
Des paysages de roman
Les rivages et les villes de
la Californie ont inspiré de
nombreux écrivains. Voyage
littéraire, des plages de San
Diégo à la vallée de Sonoma.

L'ACTUALITE DE L'ETAT
Une population en
majorité  hispanique. En
attendant le "Big one".
Vers la légalisation totale
de la marijuana...

ART
San Francisco en peintures
Les fresques habillent les murs
de la "Cité de la Baie". Partir
à leur découverte est un bon
moyen d'explorer ses quartiers
et d'en parcourir l'histoire.

NATURE
L'archipel des origines
Face à Los Angeles, les huit îles
des Channel Islands abritent
une faune et une flore
menacées d'extinction. Un parc
national a sauvé l'écosystème
sur cinq d'entre elles.

L'ESPRIT CALIFORNIEN
Le seul vin du terroir
Disparu en Europe, le zinfandel
est l'unique cépage spécifique
à la Vallée centrale. Les crus
qu'il produit rivalisent avec les
grands noms de bordeaux.

AVENTURE
900 mètres à la verticale
L'escalade de la falaise
vertigineuse d'El Capitan,
dans la vallée de Yosemite.

ARCHITECTURE
LA : Le trésor des Anges
Musées futuristes, villas
excentriques, manoirs
victoriens ... Entre collines et
plages, Los Angeles recèle des
chefs-d'oeuvre d'architecture.

L'ESPRIT CALIFORNIEN
Les chefs aiment le cru
Les maîtres de la "cuisine
sans feu" inventent des plats
à base de légumes et de fruits.

MYTHOLOGIE
Sur les terres de Django
C'est dans les montagnes  des
Alabama Hills que les studios
d'Hollywood ont trouvé les
décors de centaines de films,
tel le "Django Unchained"
de Quentin Tarantino.

DECOUVERTE
Le lac Tahoe, beau par nature
Avant  la ruée vers l'or, c'était
le paradis des indiens washoe.
Puis l'homme blanc en fit un
royaume du jeu et du sport.
Mais le joyau qui enchantait
Marc Twain a résisté.

L'ESPRIT CALIFORNIEN
Une côte ouest toujours rock
Ses groupes cultivent l'héritage
des Beach Boys et du
psychédélisme pour créer une
musique propre à la Californie.

LEGENDE
Dans les pas de Bigfoot
Cette créature aux grands
pieds court monts et forêts
autour d'Eureka. Dans une
Californie encore sauvage.

LE DESERT
L'Eden fugace de Borrego
En mai, le désert d'Anza-
Borrego se couvre de fleurs.
Une brève explosion de vie que
le photographe James Delano
a saisie. Avec son smartphone.

L'ESPRIT CALIFORNIEN
La renaissance d'Oakland
En face de San Francisco,
la ville portuaire et industrielle
à la mauvaise réputation
offre un nouveau visage.
Elle attire désormais créateurs
et restaurants branchés.

L'ESPRIT CALIFORNIEN
Les chefs aiment le cru
Les maîtres de la "cuisine

GUIDE
La carte de la Californie.
La route des missions
espagnoles. Notre choix
d'écolodges et d'hôtels divers.
 

LE CAHIER
DE GEO VOYAGE

REGARD
Les Kerguelen en noir et vent
C'est un bout de volcan entre
40° rugissants et 50° hurlants.
Le photographe Klavdij Sluban
y a vécu trois mois.

CHRONIQUE

EPOPEE
Dans l'ombre du Mahatma
En 1930, Gandhi lançait la
"marche du sel" qui mena
à l'indépendance de l'Inde. Nous
avons suivi ses traces à pied,
sur les routes du Gujarat.

A LIRE, A VOIR
 
 
 
 



130416 - LECTURE - Hella S. HAASSE - Locataires et sous-locataires





Un fonctionnaire mythomane, une divorcée aux dents longues qui escroque le club féminin dont elle assure la trésorerie, un professeur idéaliste trop influençable, une jeune étudiante qui prépare un roman historique — telles sont les principales marionnettes de cette fantaisie policière en huis clos dont le dénouement dévoilera les maîtres d’œuvre, ceux qui, dans l’ombre, tirent les ficelles et détournent le cours du hasard. 
 
Pour explorer ces personnages disparates, révéler leurs secrets, leurs obsessions et leurs vices, Hella S. Haasse combine l’étude de mœurs, le roman noir, la parodie. L’enquête, en effet, est avant tout prétexte à une réflexion sur la création… Et la morale cynique affirme avec humour que les vies imaginaires sont dangereuses parfois, vaines toujours.

 


130416 - LECTURE - Etienne DAVODEAU - Les mauvaises gens







Les Mauvaises Gens
Le dernier album d’Etienne Davodeau, Les Mauvaises Gens plonge le lecteur dans le milieu du syndicalisme ouvrier des années 50 à 80. Dans cette BD subtile, l’auteur de La Chute de Vélo se fait journaliste-enquêteur en revenant sur les raisons qui ont poussé les deux personnages principaux, Marie-Jo et Maurice, ses parents, à faire progressivement le choix du syndicalisme et de la politisation.
 

Dans une BD qui se présente comme un vrai reportage, Davodeau raconte donc chronologiquement l’histoire de ces deux enfants ruraux qui ont grandi en même temps que l’arrivée des usines dans leur campagne des Mauges. Tout y passe. A commencer par le déchirement que suppose l’affrontement avec le patron catholique pour ses gens élevés dans la foi.
 

La religion est d’ailleurs primordiale dans cette histoire, puisque malgré son poids sur chaque action de la vie quotidienne, c’est par elle que viennent les premiers frémissements de prise de conscience de la nécessité d’une union ouvrière. Le rôle des jeunes prêtres ouvriers tient d’ailleurs une place prépondérante dans le récit, puisque ce sont eux qui créent les premiers clubs associatifs et aident à l’émancipation des jeunes filles en les aidant à s’organiser entre elles, favorisant par là même leur prise de conscience des réalités de leur vie.
 

Le plus grand choc pour les habitants du village vient de la façon dont certains manifestants contre le grand patron catholique Eram abordent des croix sur le revers de leur veste. C’est comme si les notions bien manichéennes de bien et de mal dans le monde du travail disparaissaient à ce moment-là. Et dans une région aussi croyante, le choc est rude. Un déchirement résumé en deux cases très fortes qui opposent le clocher de l’église à la cheminée de l’usine.
 

La suite de l’histoire des parents est entrecoupées d’autres destins comme celui du prètre, justement, qui a quitté son ministère, s’est marié puis a divorcé.
 

A travers ces histoires individuelles, c’est évidemment l’histoire des premiers soulèvements syndicaux du monde ouvrier que raconte l’auteur.

Au-delà du récit historique particulièrement détaillé, ce sont aussi les choix narratifs de Davodeau qui rendent ce livre si intéressant. Tout au long de l’album, on voit en fait la BD en train de se faire. Les allers-retours temporels entre le passé et le présent de l’enquête s’alternent subtilement pour montrer Davodeau en train de se documenter, d’interroger, voire de dessiner dans une case géniale où sa mère qu’il interroge semble voir, grâce au filtre du dessin qu’elle a elle-même guidé, l’usine où elle travaillait, maintenant détruite.
 

C’est aussi lorsqu’il se met en scène en train d’enquêter que Davodeau se permet d’ajouter au récit un humour tendre, utilisé pour mettre en avant les quelques contradictions de ses parents (parfois à leur plus grande colère) ou bien rire gentiment d’eux, dans des petits clins d’oeils savoureux, qui sont comme des respirations au cœur de ce récit très dense. Je pense ici à la scène où Davodeau explique à son père que non, non, il ne parlera pas de son service militaire, parce que c’est hors-sujet… et consacre justement deux pages à ce refus.
 

Grâce à l’utilisation des récits enchâssés, Davodeau peut mêler son histoire personnelle à celle de ses parents et montrer ainsi à quel point l’une a déterminé l’autre. On le voit ainsi en train de lire Astérix chez les Bretons alors que ses parents débattent des prochaines réunions syndicales. Mieux : on apprend que sa première bande dessinée « publiée » l’a été sous la forme des tracts illustrés du « comité pour un lycée public dans les Mauges rurales ».
La création des Mauvaises Gens semble alors aller de soi. En rendant hommage à ses parents et à tous ceux qui leur ressemblent, Davodeau retrace le parcours d’une génération et raconte les espoirs fous de ces petites gens qui ont pour la première fois fait entendre leur voix avant la grande désillusion qui suivra. C’est d’ailleurs sur l’image de l’élection de Mitterrand que se referme le livre.


dimanche 14 avril 2013

130414 - ECOUTE - SCHUBERT - Les huit Impromptus pour piano




Franz SCHUBERT






LES HUIT

IMPROMPTUS

POUR PIANO


Les quatre impromptus, opus 90

Les quatre impromptus, opus 142


Noël Lee, piano


Recherchant une expression intime et subjective, les compositeurs romantiques ne pouvaient se satisfaire, quand ils écrivaient pour le piano, du seul cadre rigide et contraignant de la sonate classique. Ils trouvèrent des formes à leur mesure dans la pièce lyrique de brève dimension, isolée ou groupée en cycles.

Héritier de HAYND, MOZART et BEETHOVEN, SCHBERT fut le dernier grand compositeur chez qui la sonate occupa une position centrale dans la musique pour clavier. Précurseur de CHOPIN, SCHUMANN et BRAHMS, il fut aussi le premier grand compositeur à accueillir vraiment la pièce lyrique pour piano, lui donnant ses lettres de noblesse et ses premiers chefs-d'oeuvre.

La contribution de SCHUBERT à ce genre musical est pourtant peu volumineuse, mais de premier ordre : les deux séries d'Impromptus, les Moments musicaux et trois Klavierstücke. Toute cette production date des deux dernières années de sa vie.

Sur le plan de la structure interne, SCHUBERT n'a pas dans ce domaine innové plus qu'ailleurs. Les Impromptus adoptent une simple forme ternaire, ou encore la coupe d'un rondo ou d'un lied, occasionnellement celle d'une forme-sonate, une fois celle d'un thème varié. Ce qui est nouveau dans ces pièces, outre leur contenu poétique, c'est leur autonomie formelle et expressive. Chacune d'elles pourrait se suffire à elle-même. Et lorsqu'on les réunit en cycles, comme l'a fait SCHUBERT lui-même, le sens cumulatif est tout à fait différent de celui d'une sonate.

Le lyrisme schubertien se révèle ici dans son intime vérité, fait de tendresse doucement meurtrie, entrecoupé sans cesse d'élans passionnés et d'appels nostalgiques. Brillants ou mélancoliques, rêveurs ou sauvages, élégants ou mystérieux, ces Impromptus sont toujours une effusion d'une réelle beauté.

131214 - FILM TV - Elle s'appelait Sarah





Date de sortie
(1h 51min
  • Réalisé par
  • Avec
  • Genre
  • Nationalité

  •  
     Synopsis et détails
    Julia Jarmond, journaliste américaine installée en France depuis 20 ans, enquête sur l'épisode douloureux du Vel d'Hiv.
    En remontant les faits, son chemin croise celui de Sarah, une petite fille qui avait 10 ans en juillet 1942.
    Ce qui n'était que le sujet d'un article devient alors, pour Julia, un enjeu personnel, dévoilant un mystère familial.
    Comment deux destins, à 60 ans de distance, vont-ils se mêler pour révéler un secret qui bouleversera à jamais la vie de Julia et de ses proches ?
    La vérité issue du passé a parfois un prix dans le présent...
    

    130412 - ECOUTE - TCHAIKOVSKY - Cinquième Symphonie





    Peter-Ilitch TCHAIKOVSKY







    CINQUIEME SYMHONIE

    EN MI MINEUR OP. 64



    ORCHESTRE PHILHARMONIQUE TCHEQUE

    sous la direction de

    Lovro von Matacic



    TCHAILOVSKY composa sa Cinquième Symphonie en moins de deux mois, au cours de l'année 1868. Il traversait alors une grave crise morale, dominée par le sentiment de la fatalité écrasante du destin. Le fatum, cette «force du destin qui nous interdit d'être heureux», était alors ressenti par TCHAIKOVSKY comme le signe même de la condition humaine. Sa Cinquième Symphonie en est inspirée et imprégnée : elle exprime la lutte des hommes contre la fatalité et leur constante recherche du bonheur.

    A travers les quatre mouvements de la symphonie, un thème cyclique grave et triste, le thème du fatum, donne une profonde unité d'inspiration à l'oeuvre. Ce thème est exposé par eux clarinettes dès l'andante d'introduction qui précède un allegro d'une très grande habileté rythmique, proche parfois de la musique de ballet. Le thème du fatum réapparaît dans le second mouvement, andante cantabile, après un émouvant dialogue de la clarinette et du cor, soutenu par le chant douloureux des violons. La valse du troisième mouvement se prolonge dans l'étrange mélancolie d'un allegro moderato rêveur et dans le bouleversant rappel du thème cyclique. Et celui-ci, sous la forme d'un choral en mi majeur, domine l'andante maestoso final qui s'achève sur une conclusion éclatante, soulignée par les fanfares des cuivres.

    Oeuvre émouvante, reflet de l'âme inquiète du compositeur, la Cinquième Symphonie contient aussi des élans de joie, comme un écho de cette paisible campagne de Frolovskoïe où elle fut écrite et que TCHAIKOVSKY aimait tant. Elle est bien, dans cette diversité de sentiments, le miroir d'un homme tourmenté. Comme elle est, dans sa perfection musicale, le témoignage d'un talent qui fait de l'oeuvre de TCHAIKOVSKY, comme l'a proclamé CHOSTAKOVITCH, «une des pierres angulaires de la culture musicale russe».

    jeudi 11 avril 2013

    130411 - ECOUTE - ESCAICH, Thierry - Claude



    En direct de l'Opéra de Lyon :

    Thierry Escaich,

    Claude

    (Création mondiale)






    ♫ Livret de Robert Badinter d’après la roman de Victor Hugo, Claude Gueux (1834)


    Jean-Sébastien Bou, Baryton, Claude
    Rodrigo Ferreira, Contre-ténor, Albin
    Jean-Philippe Lafont, Baryton, Le Directeur
    Laurent Alvaro, Baryton, L'Entrepreneur /Le Surveillant général
    Rémy Mathieu, Ténor, Premier personnage /Premier surveillant
    Philip Sheffield,Ténor, Deuxième personnage /Deuxième surveillant
    Loleh Pottier*, Mezzo-soprano, La Petite fille
    Anaël Chevallier*, Mezzo-soprano, La Voix en écho
    Yannick Berne**, Ténor, Premier détenu
    Paolo Stupenengo**, Baryton, Deuxième détenu
    Jean Vendassi**,Basse, Troisième détenu
    David Sanchez Serra**, Ténor, L'avocat
    Didier Roussel**, Ténor, L'avocat général
    Brian Bruce**, Ténor, Le Président
    Laura Ruiz Tamayo, Danseuse

    Orchestre et Choeurs de l'Opéra de Lyon
    *Elève de la Maîtrise de l'Opéra de Lyon
    **Artistes des Choeurs de l'Opéra de Lyon
    Avec la participation artistique de l'ENSATT (Ecole Nationale Supérieure 
     des Arts et Techniques du Théâtre - http://www.ensatt.fr/)

    Karine Locatelli, Chef de choeur de la Maîtrise
    Ouri Bronchti, Chef de chant
    Jérémie Rhorer, Direction

    Olivier Py, Mise en scène




     
    "Claude",
    un chant qui monte de l'enfer des prisons
     




    Robert Badinter l'a dit haut et fort :

    " Dans un opéra, c'est le compositeur le plus important. Ce sont les opéras de Mozart, et non de Da Ponte. Ce sont les opéras de Strauss, et non d'Hofmannsthal. "

    Mais l'ancien Garde des Sceaux de François Mitterrand - aujourd'hui librettiste d'opéra - n'a pas été écouté et est resté médiatiquement en première ligne pour annoncer la création de Claude, tiré du court roman de Victor Hugo, Claude Gueux (1834), et le premier opéra du compositeur et organiste, Thierry Escaich (né en 1965).

    Parmi les hôtes de marque de cette soirée du 27 mars pas comme les autres, outre Robert Badinter et sa femme, la philosophe Elisabeth Badinter, Anne Sinclair et Pierre Nora, l'actuelle Garde des Sceaux Christiane Taubira, seul membre du gouvernement à avoir fait le déplacement à l'Opéra de Lyon pour assister à ce plaidoyer contre la prison et pour la dignité humaine.
     
    La peine de mort, abolie en 1981, n'est certes plus une question brûlante en France. La dernière fois que la "Veuve " a tranché, c'était le 10 septembre 1977 pour l'exécution d'Hamida Djandoubi à la prison des Baumettes à Marseille. Mais celle de la justice et des prisons est au cœur des débats fussent-ils opératiques. Ainsi Claude Gueux que Robert Badinter a transposé dans le monde des soieries lyonnaises du XIXe siècle, faisant du héros hugolien (sorte de Jean Valjean avant la lettre) un homme révolté. C'est ainsi que Claude participe à la fameuse révolte des canuts, montés aux barricades sur les pentes de la Croix-Rousse, à deux pas de l'opéra, pour protester contre le remplacement des ouvriers par des machines anglaises. Condamné à sept ans de prison à Clairvaux, dans l'Aube, Claude y aimera un autre détenu, Albin, passion contrariée qui le mènera au meurtre du directeur de la prison, puis à l'échafaud.
     
    Attaché à une démonstration fortement teintée de didactisme, le livret de Robert Badinter n'a pas suivi la rhétorique et les effets de manches hugoliens (encore que le jeune poète de 31 ans soit plutôt sobre). Il en résulte parfois un prosaïsme un peu sec et une atrophie dramaturgique, que la musique démultiplie curieusement par son antithèse pléthorique. La musique de Thierry Escaich évoque en effet une sorte de surpeuplement carcéral, qui utilise les couleurs de l'orchestre avec une impétuosité proche des rutilances d'un plein jeu d'orgue. C'est d'ailleurs cette luxuriance qui rend parfois difficile la marche du parcours vocal, notamment celle du faible contreténor Albin - une bonne idée théorique, inadéquate sur le plan dramatique que cette voix dont "l'étrange étrangeté" a attiré nombre de compositeurs de musique contemporaine ces dernières années, devenant presque une figure obligée.



     
     
    Vols, viols et violences
     
    La très bonne surprise est venue des interprètes. Sur le plateau d'abord. Saluons tout particulièrement l'incroyable performance du baryton Jean-Sébastien Bou, rôle-titre d'une puissance tellurique, véritable fauve de scène. Si Jean-Philippe Lafont est un directeur de prison monolithique (ainsi le veut le rôle), Rodrigo Ferreira incarne un Albin touchant mais à la trop fragile projection vocale. Les deux chœurs (celui des détenus et le chœur mixte - la voix de Victor Hugo) sont remarquables, les rôles secondaires ne passent pas inaperçus, notamment le ténor Rémy Matthieu (Premier personnage), Laurent Alvaro (l'Entrepreneur), la Petite Fille : Loleh Pottier, que double en écho Anaël Chevallier. A la tête du bel Orchestre de l'Opéra de Lyon, Jérémie Rhorer a réalisé un travail titanesque digne d'admiration, réussissant à braver les éléments parfois cataclysmiques d'une partition hérissée de changements de mesures et autres chausse-trapes instrumentaux.
    Olivier Py est ici à son meilleur. Porté par la musique, le metteur en scène a déchaîné sa propre partition dans la partition, utilisant comme un orchestre de résonances et de percussions (coups de pieds, de poings, lits et tables renversés) le décor de hauts murs de briques et l'impressionnant dispositif géométrique de cages à poule que Pierre-André Weitz avait conçu pour sa Carmen mise en scène dans les mêmes lieux en juin 2012. Cette symphonie des corps, liturgie christique du monde carcéral avec vols, viols et violences (physiques, psychologiques et mentales) est celle des anges déchus et des âmes fortes - faiblesse de la chair, esprit qui veille. La jeune ballerine en tutu titubant et tombant par trois fois, percutée par la foule, image finale du rêve paradisiaque de Claude après l'exécution, se relèvera dans une gloire crépusculaire de confettis. Faiblesse de la chair, esprit qui veille.
    Bien tristes au réveil de l'opéra longuement acclamé par le public, les clameurs des manifestants anti mariage pour tous, qui, avertis par les réseaux sociaux de la présence de la Ministre de la Justice, sont venus agiter bras et banderoles aux cris de " Casse-toi Taubira " et " Nous sommes tous des enfants d'hétéros ". A quoi Claude Gueux eût répondu en écho : " Nous sommes tous des enfants de Clairvaux. "
     





    130411 - ECOUTE - MONTEVERDI - Les Scherzi Musicali



    Claudio MONTEVERDI






    LES SEIZE
    SCHERZI MUSICALI
    A TROIS VOIX
    1 – O rosetta che rosetta
    2 – La pastorella
    3 – Fugge il verno dei dolori
    4 – La mia turca
    5 – La violetta
    6 – Amorosa pupiletta
    7 – Maledetto sia l'aspetto
    8 – Non cosi
    9 – Dolci i miei sospiri
    10 – Damigella tutta bella
    11 – Lidia spira del moi care
    12 – Clori amorosa
    13 – Quando l'alba in oriente
    14 – I bei legami
    15 – Ecco di dolci raggi – Il ch'amato
    16 – Balletto: De la bellezza le dovute lodi


    BOSTON CAMERATA
    sous la direction de
    Joël Cohen

               A la fois héritier de la grande tradition polyphonique et visionnaire d'un art nouveau, MONTEVERDI fut l'un des grands réformateurs de l'histoire musicale et, véritablement, le créateur de la musique moderne. Son rôle, à la fin du XVI° siècle, ne peut être comparé qu'à celui de DEBUSSY, à la fin du XIX° siècle, et il y a entre les œuvres de ces deux « révolutionnaires » une fascinante parenté.

                    Exploitant d'abord toutes les possibilités du style polyphonique, MONTEVERDI donna à la prima prattica ses ultimes chefs-d'oeuvre. Mais, dès l'orée du XVII° siècle,il s'orienta vers la seconda prattica où, appliquant les thèses humanistes sur la similitude de la musique et de la poésie, il voulut que les vers commandent à l'harmonie, sur le plan du rythme comme sur celui de l'expression.

                     Ainsi allait naître une musique nouvelle, dont les Scherzi Musicali sont un des tous premiers exemples. Ces Plaisanteries Musicales à trois voix, publiées en 1607, ont été composées autour de 1600, pour le plaisir de la Cour de Mantoue. Ce sont de brefs couplets, alternant avec des ritournelles instrumentales, et qui étaient destinées à la danse aussi bien qu'au chant.Divertissements princiers, dont retentit le palais des Gonzague, ils sont dans la tradition d'un art courtois et raffiné; mais MONTEVERDI leur confère, avec génie, une prodigieuse richesse poétique.

                      La musique, comme le voulait la prima prattica, y reste encore très soumise à ses propres impératifs stylistiques et techniques. Mais la seconda prattica triomphe dans ces Scherzi Musicali, dont la préface affirmait que « l'expression poétique doit être la maîtresse de l'harmonie et non la servante ».

              Dans cette musique nouvelle, d'une radieuse jeunesse, tout est admirable cohésion du texte et de la musique, enchantement de l'expressivité mélodique et légèreté infinie des formules rythmiques.